Oh rage, oh désespoir, oh vieillesse ennemie,
Que n’ai-je tant vécu que pour cette infamie ?
Dans une Action d’Orientation et de Formation financée par des fonds publics, un jeune maîtrisant mal la langue de Corneille, ayant des problèmes d’élocution, mais une phénoménale envie de
trouver un travail et une perception juste des métiers qu’il pourrait exercés, déclare en début de formation qu’il veut découvrir le métier de soudeur.
Son premier rêve était d’être mécanicien automobile, mais des stages au cours de sa scolarité en France, lui avaient permis de constater que l’électronique avait pris une telle place dans nos
véhicules qu’il lui serait impossible, voir difficile, d’accéder à une qualification dans ce domaine. Soudeur est donc son choix actuel et il veut vérifie cela.
Un premier stage de quinze jours dans une grande entreprise, lui permet de valider son choix. Son maître de stage confirme sa volonté d’apprendre, son habileté manuelle, me vante sa capacité à
trouver le bon geste pour réaliser un travail bien fait. Et pour confirmer le tout, il m’avoue que le stagiaire a réussi des tâches que certains intérimaires sont incapables de faire.
Fort de cette première expérience, notre jeune homme va demander à un de ses voisins qui travaille comme soudeur dans une autre entreprise de la région, de solliciter son employeur pour un second
stage programmé fin février. L’employeur rechigne. Un stagiaire c’est du temps perdu pour l’entreprise, mais puisque l’ouvrier qui le demande est un bon professionnel et que le stage ne dure que
dix jours, notre jeune homme est accepté.
Le premier jour, on a prévu pour lui des tâches de manutention et de rangement, bien que cette entreprise soit en recherche de soudeur. Il teint quand même à dire, non sans une certaine
appréhension, qu’il sait souder et son chef, du moment, lui propose de faire un essai.
Notre stagiaire, sait qu’il dispose d’une excellente mémoire visuelle et qu’il est capable de reproduire les gestes qu’il a vu accomplir. Son essai en soudure, va bouleverser le parcours
initialement prévu.
Lui le stagiaire que l’on avait accepté de prendre pour rendre service, devient celui que l’entreprise recherchait et désespérait de trouver. Un jeune doué pour la soudure, que l'on va pouvoir
former aux exigences propres de l’entreprise, à savoir de petites soudures de très grande qualité.
Le bilan de fin de stage, se transforme en négociation d’un contrat de travail. Le jeune homme veut un diplôme qualifiant, mais sa maîtrise actuelle de la langue française est pour le moment trop
lacunaire. Il est donc convenu que dans un premier temps il signera, avec l’accord de son père présent à cet entretien, un contrat à duré déterminé jusqu’aux congés d’août, puis qu’a son retour,
en fonction de son choix il pourra opter soit pour un contrat d’apprentissage, soit pour un Contrat à Durée Indéterminée. Bien sûr au cours de son C.D.D. l’entreprise le formera sur les
différents types de soudures qu’elle pratique.
Fin de stage, entrée dans la vie professionnelle, ce jeune a su, à merveille rentabiliser les fonds publics mis à sa disposition pour accéder à l’emploi. Une volonté sans faille, un zeste de
culot, une juste estimation de ses aptitudes, explique son succès.
Mais l’absurde est à venir. Non ce beau parcours, n’est pas possible, car au moment d’établir le contrat de travail, l’employeur demande au jeune de lui fournir, comme l’exige le
droit, une carte de séjour avec la mention autorisé à occuper un emploi salarié. Notre jeune homme encore mineur et venu en France dans la cadre d’un regroupement familiale, ne possède pas ce
document, qui ne serait pas exigé pour un mineur !
Les administrations sont contactées, Préfectures, Directions Départementales de l’Emploi et de la Formation, mais les réponses, sur les démarches à faire, varient d’une administration à une autre
et selon les départements concernés. Les textes sont là, mais les interprétations sont différentes.
Ce que je ne savais pas, c’est que l’action financée pour accompagner des demandeurs d’emploi à l’emploi, si elle débouche sur un contrat de travail, dans le cas d’un jeune ne possédant
pas la nationalité française, DOIT s’arrêter en cas de succès.
Avant toute chose il faut demander à la Direction du Travail et de l’Emploi son accord pour l’établissement du contrat de travail et cette autorisation demande bien sur un délais de traitement
.Demander à la Préfecture concernée la délivrance d’une carte de séjour avec l’autorisation de travailler, même si l’intéressé est encore mineur à l’époque des faits et cela exige aussi du temps…
C’est pourtant en conformité avec les règlements en vigueur et sur prescription d’organismes ayant compétence pour, que ce jeune est entrée en formation ?
L’actuel premier ministre lorsqu’il était ministre du Travail dans le gouvernement Raffarin, s’était cru autoriser à déclarer qu’il suffisait de « remettre les Français au
travail » pour lutter contre le chômage. Ignorant tout des affres et souffrances liées à cette situation et humiliant un peu plus ceux et celles qui vivent cette exclusion
comme infamante.
Aujourd’hui le voilà premier ministre et sa remise au travail a tout d’un parcours kafkaïen….
Fait le jour de mes 65 ans